Mes premières « journées pédagogiques »

Aujourd’hui j’assistais pour la première fois de ma vie au lancement de « journées pédagogiques départementales ». Une sorte de grand-messe du monde de l’éducation (des enseignements secondaires ici en l’occurrence). Un concept qui jusqu’ici ne m’était pas familier et dont le caractère abstrait m’intriguait depuis la lecture, au lycée, du communiqué invitant les enseignants (toutes spécialités confondues) à y prendre part ces 31 octobre et 1er novembre. J’avais donc hâte d’y être, question de me faire une idée plus claire de ce dont il est question.
Ils étaient donc tous là (ou presque). Des enseignants visiblement venus juste pour faire « acte de présence » (comme on dit chez nous) et qui disparaissaient de la salle sournoisement/insidieusement les uns après les autres, après avoir inscrit leurs noms et émargé sur la liste de présence ; aux inspecteurs pédagogiques qui pour la plupart, semblaient n’avoir pas été en contact avec des enseignants depuis un bon moment.
C’est donc parti pour deux (02) journées de travail intense pour les professionnels de l’éducation de la région et deux jours de vacances pour leurs élèves dont la plupart se sentent sans aucun doute gâté par la nature 

Mon calvaire d’enseignant-débutant

learnLes débuts d’une carrière, peu importe le métier et ce à quoi ces débuts ressemblent au fond, nous marquent presque toujours. Parfois à jamais. Et rarement de manière positive.

Ceux qui ont déjà eu à visiter un établissement d’enseignement secondaire en milieu rural au Cameroun, comme dans la plupart des pays de la sous-région, feront tous la même moue de dépit quand vous évoquerez ce sujet : La condition des enseignants affectés en milieu rural. Car, le sujet les agace plus qu’il ne les passionne et tous sont au moins d’accord sur un fait : personne ne mérite cela !

Passons sur les salles de classes désertes et toutes délabrées (lorsqu’il en existe véritablement) qui contrastent avec les effectifs pléthoriques de ces lycées dans grandes villes (dans lesquels j’avais effectué mes stages académiques) où il m’était parfois presqu’impossible de circuler entre les table-bancs et d’arriver au fond de la salle. Des table-bancs touchant presque parfois le tableau noir. Du moins, ce qui, au début servait de tableau noir et qui, avec l’usure et le temps a perdu de sa noirceur au point de finir par presque blanchir. Pas de commentaire sur l’état insalubre de l’établissement et du milieu lui-même. Ignorons les cris des animaux sauvages qui, s’amusant non loin, viennent par moment s’agripper à ce qui sert de fenêtre à ces supposées salles de classe, comme pour vous narguer, façon de vous rappeler que vous êtes « chez eux » si tant il est vrai que la nature leur appartient. Et j’en passe. Tout cela sans percevoir de salaire. Ah oui! Car la procédure du dossier d’intégration à la fonction publique met un temps fou (parfois des années) pour d’aboutir! De quoi s’indigner, franchement !

C’est le quasi-cauchemar dans lequel j’ai débuté ma carrière. Moi, jeune prof tout juste sorti de l’ENS et plein d’ambitions, jeté en plein cœur de la forêt équatoriale quelque part dans la région de l’Est Cameroun.

Je voyais ainsi tous mes rêves s’envoler. Toutes mes chances de poursuivre mes études académiques s’évanouir. Il m’arrivait parfois de pleurer certains soirs. Je m’étais imaginé plein de chose sur le début de ma carrière. Mais, je me rendais tout d’un coup compte que, même le pire des scénarios que j’avais envisagé jusque là, était plutôt une lune de miel comparé à ce que je vivais sur le terrain.

« Enseigner est un sacerdoce ». Cette phrase qu’un de mes profs à l’ENS nous rabâchait sans cesse était devenue mon nouveau credo. Et tous les enseignants camerounais vous le diront aussi. Pas seulement ceux exerçant en milieu rural et qui, presque coupé de la civilisation dite moderne regrette parfois d’avoir choisi ce métier et prient le bon Dieu chaque jour pour qu’il les sorte de là.

Car, il ne s’agit pas de snobisme. C’est inimaginable de travailler dans de telles conditions et on se demande comment est-ce qu’on pourrait parvenir à de bons résultats dans de telles conditions ? C’est peut-être l’avenir d’une bonne partie de la nation qui est en jeu.