Fête de la jeunesse au Cameroun: entre célébrations et désillusions

Aujourd’hui se célèbre la fête de la jeunesse. Pour la 48e année consécutive, la jeunesse camerounaise est mise à l’honneur le temps d’une journée. Placée cette année sous le thème Jeunesse, patriotisme et promotion de l’intégration nationale (tout un programme !), cette fête aux origines douteuses suscitent bien des interrogations. Tant sur son principe que sur son bien-fondé. Une journée suffit-elle pour faire le tour des problèmes auxquels sont confrontés les jeunes camerounais au quotidien ? Une journée suffit-elle pour faire prendre conscience aux jeunes de leur importance ? Une seule journée suffit-elle pour que cette frange de la population comprenne le rôle déterminant qu’elle est appelée à jouer dans l’évolution de notre cher et beau pays ?

Des jeunes accusés de tous les maux

Flemmardise, incorrection, banditisme, corruption, et j’en passe. Les qualificatifs injurieux usés pour décrire les jeunes camerounais sont légions. De quoi s’interroger sur l’intérêt de mettre une telle jeunesse à l’honneur. Cependant, si certains comportements déviants affichés par certains jeunes ont parfois tendance à confirmer ces propos, la généralisation qui en est vite faite, est davantage préjudiciable à cette jeunesse et peut-être bien, au pays tout entier. La majorité de la population camerounaise que constituent les jeunes, ne saurait être réduite à cela.

Mais, loin de tous ces clichés, loin de cette jeunesse qui semble faire honte à son pays, s’active une toute autre jeunesse. Une jeunesse qui se bat (comme on dit ici), qui crée, qui innove et contribue à sa manière, à l’émergence de ce pays, qu’elle aime et sert à sa manière. Mais, que fait-on de cette jeunesse-là ? La voit-on vraiment ?

Simple célébration ou interpellation de la jeunesse camerounaise ?

Si, à l’origine le 11 février, se voulait une journée en l’honneur de la jeunesse camerounaise. Une journée toute entière pour « magnifier » la jeunesse et le rôle que celle-ci a à jouer dans le développement de notre pays. Cependant, si elle suscite encore de l’enthousiasme chez certains (élèves en l’occurrence), pour la plupart des jeunes camerounais, la fête de la jeunesse n’a de festif que son nom. Une jeunesse qui se dit désillusionnée, affamée et confrontée à un chômage endémique et qui depuis, ne rêve plus en couleur. Une jeunesse visiblement lasse, qui a cessé de croire il y’a belle lurette, aux sempiternels discours de son président qui semble avoir du mal à la comprendre et à la satisfaire. Et même les nombreuses promesses (d’emplois notamment) faites par ce dernier lors de discours comme celui adressé à la jeunesse à la veille de cette célébration, ne semblent pas y faire grand-chose. Car, la question de l’emploi des jeunes demeure une priorité sociale au Cameroun, un pays où 64,2 %  de la population (pdf) avait encore moins de 25 ans en 2010 (lors du dernier recensement général de la population).

Alors, à quelques heures de la fin de cette journée tout au long de laquelle la jeunesse camerounaise a été mise à l’honneur, de différentes manières, de nombreuses questions restent sans réponses. Une seule journée suffit-elle pour réfléchir aux problèmes de la jeunesse camerounaise ? Les jeunes camerounais n’en font-ils déjà pas assez pour essayer de se faire une place au soleil ? Comment contribueront-ils au développement de leur pays, s’ils ne disposent pas des atouts nécessaires pour le faire ?

Mes premières "journées pédagogiques"

Aujourd’hui j’assistais pour la première fois de ma vie au lancement de « journées pédagogiques départementales ». Une sorte de grand-messe du monde de l’éducation (des enseignements secondaires ici en l’occurrence). Un concept qui jusqu’ici ne m’était pas familier et dont le caractère abstrait m’intriguait depuis la lecture, au lycée, du communiqué invitant les enseignants (toutes spécialités confondues) à y prendre part ces 31 octobre et 1er novembre. J’avais donc hâte d’y être, question de me faire une idée plus claire de ce dont il est question.
Ils étaient donc tous là (ou presque). Des enseignants visiblement venus juste pour faire « acte de présence » (comme on dit chez nous) et qui disparaissaient de la salle sournoisement/insidieusement les uns après les autres, après avoir inscrit leurs noms et émargé sur la liste de présence ; aux inspecteurs pédagogiques qui pour la plupart, semblaient n’avoir pas été en contact avec des enseignants depuis un bon moment.
C’est donc parti pour deux (02) journées de travail intense pour les professionnels de l’éducation de la région et deux jours de vacances pour leurs élèves dont la plupart se sentent sans aucun doute gâté par la nature 

J’aurai tellement voulu être… un enseignant modèle

J’ai longtemps hésité avant d’écrire ce billet. Je me suis posé tellement de questions avant. Comme presque tout le temps.

Comme tout enseignant qui se respecte, j’ai pris un certain nombre de résolutions en début d’année scolaire. Je ne sais pas si je parviendrai à les tenir. Je ne sais pas si elles me permettront d’être meilleur tout au long de cette année et même après. Mais, j’espère qu’au final, elles contribueront à améliorer les performances de mes élèves. Je souhaite de tout mon cœur en tout cas.

Mais, de bonnes intentions, le monde en est pavé. Et même l’enfer, m’a-t-on dit.

J’aurai tellement voulu être un enseignant modèle.  Mais, j’ai bien peur de ne pouvoir, quand je me retrouve face à 118 élèves dans une seule salle de classe. Des classes dont les effectifs pléthoriques me donnent le vertige à peine entré. Des salles de classes dans lesquelles il m’est littéralement impossible de circuler entre les table-bancs parfois. Comment bien dispenser mon cours dans de telles situations?

J’aurai tellement voulu être un enseignant modèle.  Mais, c’est tellement difficile d’être à sa troisième année de service sans avoir jamais perçu de salaire. Je me demande jusqu’à quand durera ce sacerdoce ? Si j’aurais la force et les ressources matérielles nécessaires pour tenir encore longtemps.

J’aimerais tellement voulu être irréprochable dans mon travail. Mais, où vais-je trouver la force de tenir jusqu’au bout, dans un contexte où en plus, les enseignants sont considérés comme des personnes sans ambition, en plus. Après tout, combien d’entre eux parviennent à construire des châteaux ou à acheter de belles voitures quelques mois à peine après leur sortie de l’école normale ? Car, sous tous les cieux l’argent est roi et la valeur des êtres humains est réduite à la quantité (et parfois la qualité) des biens matériels qu’ils possèdent. La crise des valeurs ne concerne pas que les pays occidentaux. Détrompez-vous.  Et ne me demandez surtout pas à qui la faute. Et j’ai bien l’impression que les cours d’éducation civique et morale que je dispense à mes élèves, ne suffisent à leur faire prendre conscience.

J’aimerais tellement être un enseignant modèle. Mais, c’est parfois si difficile de ne pas laisser transparaître ce sentiment de frustration de mes attentes vis-à-vis de ma hiérarchie, lorsque je me retrouve face à mes élèves. Rester fort et garder le moral toujours haut ? Pas toujours si simple au fond.

J’aurai tant aimé être un enseignant modèle. Mais, à cause de tout ceci et bien plus, malgré tous mes efforts, je me demande si au fond, j’y parviendrai un jour. Si l’enseignant modèle existe vraiment.
Mark twain

Mon calvaire d’enseignant-débutant (1)

learnLes débuts d’une carrière, peu importe le métier et ce à quoi ces débuts ressemblent au fond, nous marquent presque toujours. Parfois à jamais. Et rarement de manière positive.

Ceux qui ont déjà eu à visiter un établissement d’enseignement secondaire en milieu rural au Cameroun, comme dans la plupart des pays de la sous-région, feront tous la même moue de dépit quand vous évoquerez ce sujet : La condition des enseignants affectés en milieu rural. Car, le sujet les agace plus qu’il ne les passionne et tous sont au moins d’accord sur un fait : personne ne mérite cela !

Passons sur les salles de classes désertes et toutes délabrées (lorsqu’il en existe véritablement) qui contrastent avec les effectifs pléthoriques de ces lycées dans grandes villes (dans lesquels j’avais effectué mes stages académiques) où il m’était parfois presqu’impossible de circuler entre les table-bancs et d’arriver au fond de la salle. Des table-bancs touchant presque parfois le tableau noir. Du moins, ce qui, au début servait de tableau noir et qui, avec l’usure et le temps a perdu de sa noirceur au point de finir par presque blanchir. Pas de commentaire sur l’état insalubre de l’établissement et du milieu lui-même. Ignorons les cris des animaux sauvages qui, s’amusant non loin, viennent par moment s’agripper à ce qui sert de fenêtre à ces supposées salles de classe, comme pour vous narguer, façon de vous rappeler que vous êtes « chez eux » si tant il est vrai que la nature leur appartient. Et j’en passe. Tout cela sans percevoir de salaire. Ah oui! Car la procédure du dossier d’intégration à la fonction publique met un temps fou (parfois des années)pour d’aboutir!De quoi s’indigner, franchement !

C’est le quasi-cauchemar dans lequel j’ai débuté ma carrière. Moi, jeune prof tout juste sorti de l’ENS et plein d’ambitions, jeté en plein cœur de la forêt équatoriale quelque part dans la région de l’Est Cameroun.

Je voyais ainsi tous mes rêves s’envoler. Toutes mes chances de poursuivre mes études académiques s’évanouir. Il m’arrivait parfois de pleurer certains soirs. Je m’étais imaginé plein de chose sur le début de ma carrière. Mais, je me rendais tout d’un coup compte que, même le pire des scénarios que j’avais envisagé jusque là, était plutôt une lune de miel comparé à ce que je vivais sur le terrain.

« Enseigner est un sacerdoce ». Cette phrase qu’un de mes profs à l’ENS nous rabâchait sans cesse était devenue mon nouveau credo. Et tous les enseignants camerounais vous le diront aussi. Pas seulement ceux exerçant en milieu rural et qui, presque coupé de la civilisation dite moderne regrette parfois d’avoir choisi ce métier et prient le bon Dieu chaque jour pour qu’il les sorte de là.

Car, il ne s’agit pas de snobisme. C’est inimaginable de travailler dans de telles conditions et on se demande comment est-ce qu’on pourrait parvenir à de bons résultats dans de telles conditions ? C’est peut-être l’avenir d’une bonne partie de la nation qui est en jeu.

Quelle place pour l’éducation dans les budgets des pays en développement ?

A chaque fois que j’entends parler de développement, je me sens immédiatement interpellé. Ne me demandez pas pourquoi.  Peut-être bien parce que, vivant dans un pays dit en développement, je fais face à de nombreux aspects du "mal-développement" au quotidien. Problèmes d’accès à l’eau,   coupures d’électricité à répétition, absence d’infrastructures, précarité, etc. … Mais, ce qui me préoccupe le plus dans tout cela, ce sont les problèmes liés à l’éducation.

L’éducation est l’un des lieux par excellence d’observation d’une société, si tant il est vrai que c’est surtout à l’école que l’on enseigne les règles de conduites sociales et que l’on développe les facultés physiques, morales et intellectuelles qui président à la formation de notre personnalité entre autre.canstock9730857

Nul besoin de rappeler ici que l’éducation est à la base du développement de toute société, tant sur le plan humain qu’économique. L’UNESCO et des organisations toutes aussi crédibles, le font bien mieux.

Cependant, si l’éducation demeure un secteur clé pour le développement, les pays en développement ne lui accordent pas tous la même importance. L’éducation est un domaine qui, dans bon nombre de ces pays, reste essentiellement tributaire de l’aide internationale, comme le rappelle le site d’informations Terangaweb qui, dans un récent article affirme que : « plus de 25% du budget total pour l’éducation d’un grand nombre de pays africains est issu de l’aide internationale ». Une phrase qui a tout de suite attirer mon attention et suscité ma curiosité sur les parts de budgets alloués à l’éducation dans certains  pays africains.

A ma grande surprise, de manière générale, la part alloué à l’éducation dans les budgets des pays africains reste assez faible. C’est le cas notamment du Cameroun où elle ne représente en réalité qu’une part infime du budget de l’Etat. En réalité, en 2011 par exemple, l’Etat camerounais n’aurait consacré que 1/5e de son budget à l’éducation. Ailleurs, et dans la plupart des pays d’Afrique de l’Est la situation n’est point meilleure. Selon le journal en ligne DigitalCongo, entre 2004 et 2009,  la part du Budget allouée à l’Education est passée de 1,9 % à 14 % en RDC…

Quoiqu’il en soit, j’espère que la donne changera progressivement et que l’éducation retrouvera la place qu’elle mérite, car son importance pour l’avenir des sociétés la situe sans aucun doute au cœur de toutes les dynamiques, tant sociales que sociétales.

Cameroun : L’eau potable toujours aussi rare dans la ville de Yaoundé

« L’eau c’est la vie » dit l’adage. Si cet adage était si vrai, de nombreux camerounais seraient probablement sans vie aujourd’hui. Car, au Cameroun, dans les deux grandes villes du pays que sont Yaoundé et Douala en particulier, l’eau est une denrée rare. Très rare par moment. Ce qui fait de l’accès à l’eau potable, un sérieux problème pour les ménages qui voient de moins en moins d’eau couler de leurs robinets.

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Un camion-citerne de la Camwater ravitaillant les habitants du quartier Nkolndongo à Yaoundé. ©Menphil

Des scènes comme celle-ci, les habitants de certains quartiers de la capitale en sont familiers.  Des camions-citernes de la Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater), l’entreprise en charge de « la gestion, pour le compte de l’Etat, des biens et droits affectés au service public de l’eau potable en milieu urbain et périurbain » au Cameroun, volant au secours des populations des quartiers victimes des récurrentes pénuries d’eau dans la ville de Yaoundé. Son ambition affichée de « fournir une eau de très bonne qualité à toute la population camerounaise » s’apparente toujours plus à une chimère vu les réalités auxquelles restent confrontés de nombreux camerounais.

L’accès à de l’eau potable est presque devenu un luxe. Un petit privilège. Si tant il est vrai qu’à peine 35% de la population au Cameroun a accès à l’eau potable. Une réalité bien surprenante, vu les ressources en eau dont dispose le pays, même si 72% de ces ressources en eau soit réparti dans la partie méridionale du pays.

A l’occasion de la journée mondiale de l’eau en mars dernier, des initiatives citoyennes ayant pour but de dénoncer cette situation avaient vu le jour. L’on observait des revendications de consommateurs, rappelant au gouvernement que le droit à l’eau potable est un droit fondamental; des associations fustigeant ce qu’elles qualifiaient d’inaction du gouvernement sur cette question. Bien avant cela, des faits de société, un brin anodins, mais pourtant très révélateurs, attiraient déjà l’attention sur la situation dans l’Est du pays. Car, les difficultés d’accès à l’eau cachent bien d’autres problèmes, d’ordre sanitaire tels que les maladies hydriques qu’elles entrainent parfois.

Toutefois, bon nombre de projets sont initiés à travers le pays par plusieurs acteurs. Mais toutefois, qu’il s’agisse de l’Etat camerounais dans le cadre d’accords bilatéraux avec ses partenaires au développement ou d’initiatives inter-étatiques ou des collectivités territoriales, qui se mobilisent de plus en plus, toujours est-il que beaucoup reste encore à faire pour améliorer la distribution en eau potable sur l’ensemble du territoire.

Cameroun : L’épidémie de Choléra continue de se répandre dans le pays

Déclarée officiellement au mois de mai 2010 (même si certains journalistes en parlaient déjà un mois avant), la pire épidémie de choléra qu’ait connu le Cameroun en 10 ans, ne cesse de progresser.

Après la région de l’extrême nord, où les tous premiers cas ont été décelés, elle s’est répandue peu à peu dans les régions du Nord, et de l’Adamaoua ; puis du Centre, du Littoral et l’Ouest, où quelques cas ont été décelés récemment également. Ce qui fait un total de six (06) régions touchées sur les dix (10) que compte le pays.

Jusqu’ici, le bilan officiel restait de 421 morts déclarés et plus de 6 000 personnes infectées entre les mois de Mai et Août, même si certains médias parlaient de plus de 600 morts sur cette même période.

Toutefois, force est de reconnaître les nombreux efforts menés par le Gouvernement, notamment en ce qui concerne les campagnes de sensibilisation des populations, sur les risques qu’ils encourent, et surtout, sur les précautions à prendre pour éviter d’attraper la maladie. Des campagnes qui bien sûr, aux yeux d’une certaine opinion, arrivent trop tard, l’épidémie étant déjà déclarée. Mais, comme le disent certains : « Mieux vaut tard que jamais non ? »

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